Entre les deux tours de l’élection présidentielle de l’année 2002, d’imposantes manifestations se déroulèrent dans de nombreuses villes françaises pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen, pour rappeler la culture anti-démocratique de l’extrême-droite, pour souligner le danger qu’il y aurait à accorder du crédit à des thèses fascisantes et, en même temps, pour exprimer un mélange de colère, de peur, d’indignation et de mauvaise conscience. Ces cortèges relevaient à la fois d’une prise de conscience politique et d’un exorcisme sur grande échelle. Il fallait chasser le mal en sa figure du jour, repousser la tentation populiste et ses grossières séductions, renvoyer loin du champ démocratique une idéologie opposée à la démocratie. Il fallait exclure les discours d’exclusion, chasser les appels à la haine, et tuer symboliquement un discours capable de tuer concrètement. Il fallait s’unir — par-delà les clivages — pour opposer un refus commun aux thèses du refus de l’Autre et de sa négation. Lire la suite »