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Textes en cours, Violences Sacrificielles, Du pouvoir, Maltraitances, Rêves et interprétations

Introduction

Ces textes sont en quelque sorte des esquisses et des fragments de travaux en cours. Ils se présentent comme des jalons d'une réflexion, des notes mises en ligne, en attendant de s'inscrire dans des ensembles plus vastes - ce qui s'appelle d'ordinaire des ouvrages.

Ils sont regroupés en rubriques dont le nombre pourra varier, et qui elles-mêmes ne sont pas étanches : elles ne cessent de s'articuler les unes avec les autres.

Extrait de "Qui est le Toro ?"

 

Critique de la corrida et des sacrifices humains

 

 

 

 

 

A Bilbao le 23 août 2002, Miguel Abelláu reçoit un coup de corne dans la cuisse droite et Edouardo Divala-Miura reçoit un coup de corne dans la jambe droite ; le lendemain, El Fandi reçoit un coup de corne dans la cuisse gauche. A Dax, le 12 août 2001, Richard Milian est blessé ; à la même saison, Padilla est atteint par trois fois à la gorge. Le 26 juillet 1998, Pépin Liria reçoit un coup de corne dans la cuisse gauche. A Bayonne le 3 sep­tembre 1972, un taureau blesse Luis Miguel Dominguin. En 1962, Curro Romero est blessé à Algésiras, à Línea de la Conceptíon, à Zafra, puis l’année suivante à Mallorca. Le 7 juin 1869, « El Tato » est blessé à la jambe et devra être amputé. A Madrid en 1846, Lucas Blanco reçoit un coup de corne dans le bas-ventre.

Un visiteur

Mardi 27 janvier 2004 : sombre jour. Le Président de la République française invite le Président de la République populaire de Chine à l’Assemblée nationale. L’élu reçoit le non-élu, le faux élu, dans le saint des saints de l’élection. Hu Jintao, l’ancien secrétaire du Parti communiste chinois de la province du Tibet, le très officiel boucher de Lhassa, le petit ogre bureaucrate amateur de sang devenu grand, le voici en démocratie intra-muros, cornaqué par son rival dans l’art de sourire – Jacques Chirac.

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Un exorcisme entre les deux tours

Entre les deux tours de l’élection présidentielle de l’année 2002, d’imposantes manifestations se déroulèrent dans de nombreuses villes françaises pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen, pour rappeler la culture anti-démocratique de l’extrême-droite, pour souligner le danger qu’il y aurait à accorder du crédit à des thèses fascisantes et, en même temps, pour exprimer un mélange de colère, de peur, d’indignation et de mauvaise conscience. Ces cortèges relevaient à la fois d’une prise de conscience politique et d’un exorcisme sur grande échelle. Il fallait chasser le mal en sa figure du jour, repousser la tentation populiste et ses grossières séductions, renvoyer loin du champ démocratique une idéologie opposée à la démocratie. Il fallait exclure les discours d’exclusion, chasser les appels à la haine, et tuer symboliquement un discours capable de tuer concrètement. Il fallait s’unir — par-delà les clivages — pour opposer un refus commun aux thèses du refus de l’Autre et de sa négation. Lire la suite »

Une dette pour la vie

Pour le jour de ses dix-huit ans, une jeune fille eut une très mauvaise surprise : ses parents avaient estimé tout ce qu’elle leur avait coûté depuis sa venue au monde, et ils lui présentèrent une sorte de facture en guise de cadeau ironique et cruel. Cette scène est exceptionnelle — elle présente même quelque chose d’inimaginable — mais elle correspond très précisément à ce thème de la dette, qui suit celui de la faute comme son ombre fidèle. Lire la suite »

Déclaré fautif

Un père se montrait exigeant : il ne supportait pas les taches et voulait que son fils fût toujours parfaitement propre. Il ne badinait pas avec le scolaire, et ne cessait de réclamer à l’enfant des résultats à la hauteur de ses attentes. Finalement, il a été jugé, condamné et incarcéré pour mauvais traitements. Entre autres pratiques, il réveillait son fils la nuit pour le battre à coups de ceinturon. Il s’agissait bien d’un processus d’inversion — et cette fois-ci la sanction pénale aura permis de l’élucider. Les exigences du père ne s’avouent par pour ce qu’elles sont. Comme toujours, elles désignent l’enfant comme porteur de la faute. Il ne doit pas faire de tache, il doit obtenir de bonnes notes en classe. Autrement dit, il doit être impeccable. Mais comme c’est impossible qu’il en soit toujours ainsi, comme il est impossible pour un enfant d’être parfait, le père ne pourra que se déclarer mécontent et insatisfait Lire la suite »

L’ogre et les mouvements de l’histoire

Si nous pouvons aujourd’hui mieux combattre les mécanismes de la maltraitance, c’est que nous pouvons davantage la penser, et ce qui nous permet de la penser, c’est le lent reflux historique de la violence dite éducative. Plus une société se donne les moyens de séparer éducation et violence, plus elle isole de fait les situations de maltraitance, qui alors nous apparaissent au grand jour. Non seulement nous les découvrons, mais nous les éprouvons immédiatement comme insupportables. C’est parce que nous ne les supportons pas que nous voulons les combattre, et c’est parce que nous cherchons ainsi à contrecarrer leur puissance que nous nous donnons la peine de les analyser. Il faut ne plus pouvoir supporter les processus de destruction pour commencer à les penser. La révolte a ceci d’efficace qu’elle nous arrache à l’effet de sidération et qu’elle finit par produire une contre­culture, libre des références archaïques de la domination. Lire la suite »

Le loup, l’agneau et le bouc émissaire

Il est une fable bien connue, de Monsieur de La Fontaine, qui parle d’un loup, d’un agneau, de la raison du plus fort et — nous nous permettons de le rajouter en ces lignes prosaïques — de l’inversion de culpabilité. Ça commence par une scène toute simple, champêtre à souhait, une scène à proprement parler innocente, qui nous dépeint une campagne française comme un petit paradis sur terre, un jardin d’Eden où les jeunes animaux vaqueraient à leurs occupations le plus pacifiquement du monde :

« Un agneau se désaltérait dans le courant d’une onde pure ». Lire la suite »

Peau d’Ane et la violence de l’inceste

Le conte de Peau d’Ane comporte un élément tout à fait atypique en matière de narration fabuleuse : la fée qui y exerce ses talents se trompe. Non seulement une fois, mais trois ou quatre fois. Pour faire obstacle à l’épouvantable projet du roi, elle conseille à la princesse sa filleule de faire semblant d’accepter le « mariage », mais de poser des conditions telles que son père ne pourra pas les remplir : d’abord confectionner pour elle une robe couleur du temps, puis une robe couleur de la lune, puis une robe couleur du soleil, et enfin lui remettre la peau de cet âne dont les excréments étaient en fait des écus et des louis d’or. Lire la suite »

Retour sur le désamour

Il n’y a pas de faits divers. Les drames familiaux qui défraient la chronique au point de faire parfois la une des quotidiens sont nos tragédies modernes. La violence domestique apparaît alors au grand jour du scandale, après avoir bénéficié des années durant d’une farouche volonté de ne rien savoir. Puis l’émotion populaire retombe, et l’oubli se réorganise. Le déni ordinaire reprend ses habitudes. Les portes se referment sur ce qu’on voudrait ne plus voir. La scène qui comportait de la terreur retourne dans l’ombre. Les cris s’éloignent, chassés par la loi du silence. Et de nouveau le sommeil de notre conscience nous menace : nous laissons se réenfouir ce qui venait de se dévoiler. Mais si nous décidons de lutter contre cette somnolence de la pensée, si nous essayons de nous arracher aux pièges symétriques du scandale et de l’indifférence, si nous parvenons à éviter les écueils du scandale et du déni, alors nous pouvons nous engager dans un effort d’analyse : qu’est-ce donc que la maltraitance ? Quel est ce processus qui mène à des violences systématiques à l’encontre de certains enfants ? Quels en sont les rouages et les engrenages ? De quel mécanisme s’agit-il, et quelle est sa logique interne ? D’où vient cette manière de détruire qui trouble certaines familles au point de hanter certaines maisons ? Lire la suite »

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